Présentation par les Editions Urbaniana University Press
Cité du Vatican

 
 

Voici un texte de présentation écrit par Giancarlo Rocca
publié dans “ Primo Censimento Delle Nuove Comunità ”

(First Census of the New Communities) Editions Paoline

Fondé par Olivier Fenoy, un jeune comédien de vingt ans qui, pour avoir fait ses premiers pas à la Comédie Française en tant qu'élève, s'est trouvé confronté à la question du vrai et du faux dans l'art alors même qu'il se laissait interroger par la démarche picturale de Paul Klee... (... “ la lumière procède du noir ” ...) et l'approche esthétique de Kandinsky (qui affirme dans “ du Spirituel dans l'Art ” que ” ne peut être Beau que ce qui procède de la nécessité intérieure de l'âme ”)... le Centre Culturel de Cluny, avant de devenir “ l'Office Culturel de Cluny ” en 1968, est né à Paris au Quartier Latin en 1963... D'où le nom tout à fait symbolique de “ Cluny ” faisant référence au lieu de sa naissance et par voie d'extension au rayonnement spirituel, artistique et culturel de la grande abbaye bénédictine.

Alors que dès les premiers mois de son existence éclot en son sein une jeune compagnie professionnelle qui, en filiation à Jacques Copeau (1913) s'établira au Mesnil St Loup dans l'Aube (1969) et prendra le nom de “ Théâtre de l'Arc-en-Ciel ” en 1976, la petite association dont le siège demeure à Paris, se donne pour objectif de témoigner de la Beauté comme chemin et réponse aux questions existentielles qui sont celles de ses membres tout comme celles du monde artistique et plus largement étudiant dans lequel elle se trouve insérée par nature.

Pour ce faire, alors même que leur formation et l'artifice du milieu les poussent inexorablement comme nombre de comédiens et de danseurs à “ se recevoir de l'extérieur ”... et afin de donner ici un exemple bien concret de leur démarche fondamentalement chrétienne... il est demandé aux jeunes protagonistes qui constituent la troupe de “ se donner pour se trouver ”, condition sine qua non pour qu'un comédien se laisse devenir “ sujet ” de l'acte qu'il pose au lieu de n'en être que “ l'objet ”.

Véritable laboratoire professionnel du “ fait qu'ils soient Un ” et amorce d'une authentique révolution esthétique, cette attitude implique premièrement de s'ordonner en toute vérité à son partenaire... autrement dit, à l'autre et en cela de faire sienne l'affirmation de St Augustin “ une personne est achevée par une autre personne ”.

Après en avoir fait l'un de leurs tout premiers commandements en ce qui concerne les arts de la scène (Théâtre, Danse, Musique, Spectacle d'expression populaire), les “ Clunisiens ” devaient s'appuyer expérimentalement sur cette allégation dans le cadre d'opérations d'animation globale en villes moyennes à dater de 1970 et soutenir entre autres d'un point de vue urbanistique, “ qu'un quartier est achevé par un autre quartier ” avant de développer quelques années plus tard alors que leur activité s'ouvrait à d'autres continents “ qu'une Culture est achevée par une autre Culture ”.

Interpellés dès 1966 par Marthe Robin à l'origine des Foyers de charité, laquelle devait les engager à être “ dans (leur) art comme dans (leurs) métiers, Icône de la Sainte Trinité ”, radicalement influencés pour les premiers par le mouvement des Focolari et le Centre de Lupiano, fondés par Chiara Lubich alors même que conjointement Olivier Fenoy est élève du Père Marie-Dominique o.p. en un temps où n'est pas encore née la Communauté Saint Jean, les “ Clunisiens ” ne devaient pas tarder à se reconnaître plus spécifiquement de spiritualité bénédictine pour avoir été dès l'origine (et vingt ans durant) dans le sillage de Dom Grammont, Abbé du Bec-Hellouin... lequel devait les engager à être fidèles au quotidien à ce qu'il aimait appeler à leur intention, le “ Gulf Stream ” de leur vie chrétienne au coeur du monde, autrement dit l'Office des Heures.

Si l'on ajoute à ces quatre piliers porteurs de l'intuition fondatrice l'influence déterminante des écrits d'Emmanuel Mounier sur l'engagement comme condition première de l'humanisation, on comprendra aisément qu'à dater de 1973 les permanents de l'O.C.C. aient pu opter pour un certain type de vie communautaire sans rien modifier pour autant de leur statut de laïcs et de professionnels puisque déjà appelés par vocation première à être au coeur de la matière et de la pâte humaine “ Créateurs parce que Trine ” et en cela contribuer à y préparer les chemins du Seigneur.

Une telle attitude personnaliste et tout en même temps non confessionnelle devait provoquer l'hire d'André Henry, ancien secrétaire de la très militante et laïciste F.E.N 1 devenu en 1981 Ministre du Temps Libre de François Mitterrand... d'où en 1982, au prétexte que “ ses permanents ne pouvaient professer l'animation socio-culturelle de façon objective pour avoir par ailleurs des engagements spirituels ”, le retrait de l'agrément qui avait été accordé à l'Office en 1972 à l'échelon national.

En 1990 cet agrément est rétabli par le Conseil d'Etat.

S'en suivirent alors diverses actions pernicieuses entre autres téléguidées par les milieux maçonniques qui aboutiront à ce que l'Office se retrouve en 1996 sur la liste des cent soixante-douze organismes chez lesquels (énonce un fameux “ Rapport parlementaire ”) “ on peut observer qu'ils répondent à un ou plusieurs des dix critères qui permettent d'identifier une secte ”... L'opinion publique et les médias ayant tôt fait de jouer sur cette ambiguïté et d'amalgamer les cent soixante douze organismes en questions comme d'authentiques mouvements sectaires étant donné la portée d'un Rapport Parlementaire, l'opprobre ainsi répandu permet au ministre du moment (Guy Drut) de retirer à nouveau son agrément à l'Office alors que de nombreux évêques interviennent pour défendre très ouvertement l'Office Culturel de Cluny contre cette inadmissible accusation.

Au final la Cours d'Appel d'Angers tranchera en faveur de l'Office et la Cours administrative d'Appel de Paris rétablira à nouveau l'Office dans ses droits en 2002.

En 2009, assistés de plusieurs centaines de coopérateurs engagés avec eux à divers titres et en fidélité à l'intuition première, les “ Clunisiens ” sont cinquante trois engagés permanents et donnent vie à quelques 16 réalités telle que Troupe de théâtre, Académie Internationale de Théâtre pour enfants, Café des Arts, Ateliers de création plastique Beaux Arts et Photographie, Cabinet d'Architecture et d'Urbanisme, S.a.r.l. ordonnée à la scénographie, Association d'animation et de mise en valeur du Patrimoine, Hospitalité de la Beauté ouverte au monde de l'handicap ayant pour objectif de révéler à toute personne qu'elle est créatrice... etc... etc... lesquelles sont implantées aussi bien en France (huit Centres) qu'au Chili, au Québec et aux Etats-Unis... animant des actions régulières en Algérie, en Angola, en Belgique, au Burkina Faso, en Hongrie, en Lituanie ou encore au Liban.

Enfin l'Office Culturel de Cluny et son fondateur sont à l'origine avec le mouvement italien “ PÉDAGOGIE GLOBALE ”, fondé par Umberto dell'Aqua du Congrès International “ Et si la Beauté pouvait sauver le monde ? ”... qui regroupe à l'heure actuelle vingt trois réalités et des participants de dix huit nationalités se réunissant en Assemblée Plénière tous les deux ans.