HISTORIQUE

 
 

A LA CONFLUENCE DE DEUX SOURCES, L'UNE ARTISTIQUE, L'AUTRE SPIRITUELLE

Le théâtre de Jacques Copeau

Lors des toutes premières rencontres qui suivirent la fondation de l'association et alors que la troupe répète “ Le jeu de l'amour et du hasard ” de Marivaux sous la direction de Georges Descrières, Sociétaire de la Comédie Française, Olivier Fenoy fait la connaissance de Michel Richard, ancien Comédien Routier, disciple de Jacques Copeau et proche collaborateur de Léon Chancerel vingt ans durant, qui devient Président du Centre Culturel de Cluny à l'automne 1964. Par là s'établit un lien identitaire, une sorte de filiation artistique avec Copeau et le fondateur des Comédiens Routiers qui ne se démentira jamais, Chancerel tout comme son disciple Hubert Gignoux 1 ayant profondément marqué et encouragé l'initiative.

De Copeau, outre son enseignement majeur quant au jeu vrai du comédien, à l'importance de la lumière, ou quant à la sobriété de la scénographie et des décors 2, les fondateurs de l'œuvre de Cluny devaient retenir cette volonté marquée du “ Patron ” mise en œuvre dès 1913, à savoir : réunir ses compagnons à la campagne, loin des artifices de la ville, afin de constituer une authentique compagnie, un “ corps commun ” partageant tout de leur vie au quotidien.

La pensée de Léon Chancerel et Hubert Gignoux : unité du couple Création et Animation

De Chancerel et des comédiens routiers par ailleurs, ils devaient retenir comme fondamentale la complémentarité entre professionnels et amateurs et ce, alors même que venus du théâtre et se retrouvant en situation d'animation, allaient s'ouvrir pour eux, par le biais de la vie associative bien entendu, les vastes champs de l'Education Populaire qui leur étaient jusque-là parfaitement étrangers...

Ayant pris assez rapidement conscience, sur le terrain, des conséquences désastreuses de ce qu'Hubert Gignoux nommait : “ Cette unité perdue d'un couple qui ne faisait qu'un et dont les deux moitiés séparées souffrent de ne pouvoir se fondre l'une dans l'autre ”, ils eurent à cœur de toujours privilégier ce lien inné non pas “ qu'il pourrait y avoir ” mais “ qu'il y a ” entre Création et Animation.

Enfin, pour avoir réalisé à l'école de Michel Richard que “ distinguer créer et animer dans la Grèce Antique était tout simplement impossible de par le statut officiel ou, plus précisément, organique, de la fonction théâtrale dans la vie de la Cité ”, ils ne devaient pas tarder à mesurer la portée socio-politique d'une telle analyse... tout en gardant, de manière subsidiaire, de l'épopée des Comédiens Routiers, la référence aux Grecs et au Moyen Age, à l'Orestie et aux Mystères... référence qui s'avérera par la suite élémentaire lors de la mise en œuvre de grands spectacles d'Histoire et d'Expression Populaire au Creusot, à Québec ou encore au Chili.

Rencontre des Focolari, une spiritualité de l'Unité

Cependant, alors qu'ils s'installaient à Galicet dans les Yvelines pour suivre l'exemple du vieux maître, c'est chez les Focolari - mouvement chrétien pour l'Unité fondé par Chiara Lubich en 1943 - que les “ Clunisiens ” devaient trouver ce qui avait manqué à Copeau pour que son initiative perdure.

Se situant ainsi à la confluence de ces deux sources, l'une artistique, l'autre spirituelle, ils allaient faire éclore un, puis au fil des années, plusieurs corps professionnels et non plus associatifs : Troupe de théâtre, Ensemble musical, Atelier de Scénographie, Atelier d'Architecture et d'Urbanisme, etc. chacun formé en son sein d'hommes et de femmes engagés à être dans leur métier et dans le monde qui est le leur ferments d'espérance et, selon une expression de Jean-Paul II dans un message adressé aux laïcs chrétiens qui leur est chère, capables de “ solutions seulement probables ”.


PREMIERS PAS
D'UN RAYONNEMENT NATIONAL

Conduits par les tournées de la Troupe de théâtre, puis, successivement, par celles de danse, de musique et enfin de ciné-club ou de conférences-films, à rayonner dans les milieux universitaires à travers toute la France et portés par un véritable élan étudiant de 1965 à 1970, les “ Clunisiens ” font naître, en lien avec ces étudiants et à leur initiative, des associations bouillonnantes d'activités éphémères dans un certain nombre de grandes villes 3.

Suscitées de manière à chaque fois autonome, ces associations s'inscrivent déjà dans une volonté de décentralisation alors que le Centre Culturel de Cluny se mue en Office de création, d'animation, de diffusion et de documentation, esquissant des tentatives de festivals à Entrevaux en 1968 et à Levens en 1969.
Dans le cadre de ces festivals seront présentés : “ Renaud et Armide ” de Cocteau, “ Andromaque ” de Racine, “ Le mystère de la charité de Jeanne d'Arc ” de Péguy... mais aussi des récitals comme celui de John Littleton etc...

Ainsi, de 1964 à 1981, l'Office Culturel de Cluny devait franchir plusieurs étapes identitaires quant à l'éventail de ses activités, d'abord spécifiquement théâtrales pour devenir au fil des ans plus largement socioculturelles.

La terre de La Sainte Espérance, dans l'Aube

En 1969, la Troupe au sens large avait quitté les Yvelines et, toujours dans l'esprit de Jacques Copeau, s'était installée au Mesnil Saint Loup sur la terre dite de “ la Sainte Espérance ”.

À l'origine de cette démarche, une volonté : être proche d'Henri Charlier, sculpteur et essayiste de renom qui ayant travaillé de nombreuses années à l'atelier d'Auguste Rodin avant la guerre de 14-18 avait décidé dans les années 1920 de quitter Paris et, engagé dans l'oblature avec son épouse, de venir s'établir avec elle à l'ombre d'un petit monastère bénédictin érigé à la fin du XIXème siècle par le Père Emmanuel avec la complicité des villageois, au coeur de cette commune de l'Aube... exemple, on le verra, qu'Olivier Fenoy et les siens allaient suivre.

À travers Charlier, il s'agissait d'abord de Rodin, mais aussi de Gauguin, d'Erik Satie, de Duboscq (et grâce à ce dernier de Chausson et Debussy). En plus de la peinture, de la fresque et de la sculpture, de la musique, c'était aussi la poésie et la littérature jusqu'à accueillir Gabriel Marcel qui n'était pas “ de son bord ” bien que converti. Outre l'initiation au trait et à la taille directe, une petite école était née autour de Charlier dans les années 30 : petite école informelle de convivialité avant d'être celle de vrais grands artistes et de savants dont il leur était proposé d'une certaine manière de prendre le relais en créant poétiques, concerts et spectacles sur des textes de Cendrars ou Tagore avec des musiques de Messiaen et des œuvres de Matisse.

Aussi quand Dom Grammont, Abbé du Bec Hellouin, accepta de mettre à leur disposition le monastère du Mesnil (désaffecté depuis les années 50), cela fut tout de suite dans leur esprit pour y ouvrir un centre d'initiation aux Beaux Arts et un peu plus tard de formation à l'animation.

La petite équipe d'artistes ainsi constituée, pour être travaillée au souffle de l'Esprit dans tout ce qu'elle crée, suscite ou entreprend, ne peut échapper dans ces années-là aux multiples interrogations que lui posent, création après création, opération d'animation après opération, ses choix de vie commune et son mode de vie pourtant si naturels lorsque l'on a entre vingt et trente ans et que de surcroît on est tous ensemble à priori chrétiens.


L'ANIMATION GLOBALE MÉTHODIQUE : UNE DÉMARCHE EMPIRIQUE

Du souci de la personne
au souci de la cité tout entière

En 1970, première grande mutation vers l'Éducation Populaire et l'animation socioculturelle :

Un député centriste, maire d'une ville moyenne, demande à Olivier Fenoy de prendre en charge l'Office Social et Culturel de sa ville. Il s'agit de coordonner la vie associative locale en mettant différents moyens à sa disposition, de participer à un nombre considérable de réunions concernant l'enfance, la délinquance dans les quartiers, le mal-être de familles récemment installées dans une ville qui a vu doubler sa population en une génération ; et bien évidemment de faire une programmation artistique et culturelle au Théâtre Municipal, au demeurant des propositions qui ne concernent que fort peu la population, hormis dans le cas des “ Jeunesse Musicale de France ” et du ciné-club.

À ces données, communes à nombre de villes moyennes dans les années 70, s'ajoute un vrai problème de communication et de relations (même commerciales) entre les quartiers, comme entre ces quartiers et le centre-ville d'une agglomération ayant poussé trop vite et sans âme... pour ne pas dire marquée de sinistrose en son centre.

Si telle est la raison pour laquelle il a été fait appel aux “ Clunisiens ” du fait de leur prise de position quant à la qualité de la vie en référence à Pierre Emmanuel, ceux-ci ne tarderont pas à affirmer, pour l'avoir remarqué dès le premier coup d'œil avec le regard neuf de l'étranger qui “ débarque ”, que la clef des problèmes de cette ville réside dans son urbanisme et son architecture. Quant à imaginer que c'est spécifiquement sur ces questions de cadre de vie que porteront durant les cinq années qui s'ensuivirent tous leurs efforts d'animation et de restructuration, ils en sont loin.

Vision organique de la “ ville-corps vivant ”

Commence plutôt à l'automne 1970 un travail méthodique et d'abord capillaire de relation de personne à personne dans chaque quartier (essentiellement les plus populaires) : coordination de la vie associative, programmation de spectacles, récitals et concerts, participation à la fondation de l'ATAU (Atelier d'Architecture et d'Urbanisme), mise sur pied d'un festival dit “ de Printemps ” qui accueillera 11 500 spectateurs en quinze jours, pour arriver jusqu'à la restructuration du centre-ville.

Au coeur de chaque association, privilégiant les liens naturels avec les jeunes, ils s'appuient sur leur expérience de la scène qui veut qu'on ne puisse proposer à l'autre de se révéler “ sujet ” de l'acte qu'il pose (en l'occurrence dans le cadre de rencontres et d'animations) qu'autant qu'on en prend le risque soi-même, les animateurs de l'Office Social et Culturel de la ville, en viennent à avancer comme premier postulat qu'en fait d'animation dite socioculturelle, si “ Une personne est achevée par une autre personne4 il est aisé d'en déduire qu'une culture est achevée par une autre culture... voire... un quartier par un autre quartier, et en fin de compte que seul le souci de la personne humaine dans le respect de son unicité, peut conduire au souci de la cité tout entière !

Découvrant cela, ils ne savaient pas encore qu'ils rejoignaient la pensée d'Emmanuel Mounier et les tenants du Personnalisme. Pourtant c'est cette pensée qui, par le biais d'une rencontre fortuite avec l'un de ses disciples, va bientôt devenir l'une de leurs principales références.

Ils sont alors en charge contractuelle de projets d'animation socioculturelle dans des communes allant de 30 000 à 65 000 habitants, responsables de la programmation des festivités estivales d'une importante station balnéaire sur le littoral atlantique, alors que la troupe de théâtre se prépare à présenter à Paris “ Miguel Manara ” de Milosz dans le cadre des Journées de l'Eglise Saint-Germain des-Prés, et que l'Office Culturel de Cluny, fort de son rayonnement et de la mise en place de ses premières sessions ou stages, vient d'être agréé à l'échelon national par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs en 1972 et reconnu d'Intérêt Général...


1975 - 1979 :
NOUVELLE ETAPE ET MUTATION
LES PREMIERES “ MAISONS ”
OU CENTRES PERMANENTS

Et d'abord, une reconnaissance officielle...

L'équipe d'animation ayant largement contribué via l'Office Social et Culturel Municipal à ce que la ville dont elle avait la charge soit lauréate du concours des Villes Moyennes, Olivier Fenoy est fait Chevalier de l'Ordre National du Mérite et appelé par Monsieur Jacques Chirac à siéger au Haut Comité de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs auprès du Premier Ministre.

A la même époque et dès 1974, la Troupe de théâtre monte “ Ce soir on improvise ” de Pirandello avec Geneviève Casile, Michel Arnaud et Jacques Destoop, Sociétaires de la Comédie Française (Jacques Destoop assurant la mise en scène). En 1975 elle donne “ Miguel Manara ” de Milosz au Festival d'Avignon tandis qu'en 1976 elle reprend avec Sophie-Iris Aguettant, Pierre Clémenti et Olivier Fenoy “ Le Grand Théâtre du Monde ” créé à Paris dans une adaptation de Jean-Pierre Nortel et une mise en scène d'Ange Guibert. C'est alors que la Compagnie prend son autonomie juridique et prend le nom de THÉÂTRE DE L'ARC EN CIEL.

Naissance
des premiers Centres de Formation Culturelle

Charlier disparu en 1975 et trois moines du Bec réintégrant en 1976 le monastère du Mesnil-Saint-Loup dans l'Aube, le centre d'initiation aux Beaux-Arts des tous débuts devait se transporter à Pâlis, commune située à quatre kilomètres de là, sous la forme d'un Centre Culturel en milieu rural. Ce devait être, via un emprunt bancaire et des subventions aussi bien nationales que régionales et départementales, la première acquisition patrimoniale de l'O.C.C. Là, soumis ou non aux agréments C.A.PA.S.E. 5 en vue de l'obtention par les stagiaires des unités de valeur concernées, devaient être données des sessions ayant pour thèmes les sciences humaines (philosophie, psychologie, sociologie, histoire, littérature, initiation aux Beaux-Arts et à l'histoire de l'Art) alors qu'une part importante des programmes privilégiait une introduction à l'architecture et à l'urbanisme pour sensibiliser le stagiaire aux problèmes socioculturels posés par le cadre de vie dans une perspective d'Animation Globale.

Tout en même temps devait se rythmer une sorte de permanence des stages d'expression et d'initiation au théâtre et à la musique, le tout étant complété par des sessions de formation à la gestion d'un projet 6.

Au cours des années 1976 à 1981, Miklos de Kiss ayant été élu Président du Conseil d'Administration de l'O.C.C. en 1976 (il le demeurera 23 ans), la petite équipe des “ Clunisiens ” se voit rejointe par les talents les plus divers, ce qui devait la faire quadrupler en cinq ans et par là-même contribuer largement à un nouveau rayonnement de l'Œuvre de Cluny. Ces nouveaux venus qui ont tous l'âge où l'on engage sa vie, sont comédien, musicien, peintre, sculpteur, architecte-urbaniste, régisseur, ingénieur, enseignant, psychologue, infirmière, étudiant, mais aussi charpentier, maçon, tailleur de pierre...

Sont alors ouverts plusieurs centres d'animation culturelle :
Le Domaine du Claux à Entrevaux, en 1978 ;
Le Centre Culturel de Machy à Chasselay, en 1980, où est fondée une Ecole de Formation d'Animateurs : l'école de Machy qui deviendra l'école de Cluny.

Au regard des travaux à réaliser à Pâlis au Domaine du Tournefou, au Domaine du Claux tout comme bientôt au château de Machy, Jean-Luc Grasset, Eric Baptista, Hervé Vincent et Philippe Manet de plus en plus souvent confrontés, dans le cadre des activités d'animation, à la question des jeunes en difficulté, vont fonder l'Ecole du Métier en 1982 en lien avec Benoît Dargent et l'Atelier d'Architecture. Notons que, constituée sans tarder en association autonome de la structure mère, celle-ci devait se révéler très vite une entité où là encore, la dimension de compagnonnage s'avérerait réponse à nombre de drames individuels, l'apprentissage aux métiers du bâtiment demandant par nature à l'artisan de ne jamais dissocier agir et don de soi.


DE 1979 A 1982 CREATION ET ANIMATION :

INVENTAIRE
DES PRINCIPAUX EVENEMENTS

Par deux fois en 1979 et 1980, et sous la responsabilité d'Hélène Ramin, ancienne élève de l'Ecole du Louvre, les élèves de l'Ecole de Cluny investissent le château de Chambord pendant trois semaines pour y faire revivre François 1er, Clément Marot, Catherine de Médicis, Louis XIV et la Montespan, Molière et Lully, le Maréchal de Saxe et bien d'autres à l'intention de plusieurs centaines de scolaires, invités à chaque fois avec leurs enseignants, une journée durant.

L'éducateur est un passeur. La rive de l'enfance ne se quitte que si l'autre rive invite à la joie, à l'aventure, à la réalisation de soi par et avec les autres, et que si le passeur tend la main pour que le saut soit possible, non sans difficulté, mais avec confiance parce que, de l'autre côté attend l'espérance.Marguerite Gentzbittel - Proviseur de lycée - Courrier de Cluny n64

En Champagne-Ardenne et depuis Pâlis, naît le Festival des Jeunes Années (F.J.A.) à l'initiative d'Elisabeth Toulet 7. F.J.A. qui pour avoir été à l'origine de l'actuelle Académie Internationale de Théâtre pour Enfants, verra son plus franc succès tant artistique que pédagogique lors du tournage de “ L'avenir de l'homme dans les yeux d'un enfant ” dans l'Aube, les Ardennes françaises et au Québec... tout particulièrement au Témiscouata et en réserve amérindienne : long métrage réalisé par Ange Guibert, assisté d' Élisabeth Toulet, Sophie Vial, Coryse Vattebled, Loïc Devaux, Denis Dubois, ainsi qu'une équipe amériendienne dont Paul-Émile Dominique, Patrice Paul, Léopold Hervieux... et diffusé entre autres par CBC/Radio-Canada et France 3. (Parrainage Unesco).

Pour être venu participer à un “ stage architecture et urbanisme ” animé par Benoît Dargent et François Destors, architectes, Albert Boudot, premier adjoint au maire du Creusot, conçoit avec Ange Guibert la mise en œuvre d'un grand spectacle d'histoire et d'expression populaire dans sa ville : “ Le Travail et la Fête ”. Il s'agit par un acte de création commune dans l'esprit de Chancerel, de redonner foi à toute une population par l'évocation de deux siècles d'histoire ouvrière alors que Creusot-Loire ferme ses portes... 250 creusotins y participeront en tant qu'acteurs, musiciens, régisseurs, costumiers, etc... A cette occasion est fondée une nouvelle structure associative l'ASHEP : Association d'Histoire et d'Expression Populaire, qui portera le projet jusqu'en 1990.

Le Travail et la Fête ” (1980-1982) aura pour suite “ Messe des Travailleurs ” (mise en scène Sophie-Iris Aguettant, plusieurs milliers de spectateurs) sur le carreau de mine de Rozelay de 1986 à 1990. Le travail d'animation se prolonge jusqu'à aujourd'hui via Les Ateliers des Forges de Perreuil.

En 1979, trois “ Clunisiens ” prennent le relais d'une petite équipe d'étudiants qui avaient fait naître au 36 rue Saint-Laurent à Grenoble un Café Chrétien au nom évocateur de “ la Torche de Gédéon ”. Ils ouvrent sous le nom de “ Café des Arts ” un lieu de rencontres poétiques et musicales avec une attention particulière à la chanson française. Autrement dit un lieu permettant l'écoute, la rencontre et la communication, qui soit avant tout un carrefour d'artistes ayant une parole à donner comme on l'avait connu dans les années 1964-1965 à l'Ecluse où chantait Barbara.

A l'occasion du rassemblement intitulé “ Pentecôte 82 ”, organisé par le Renouveau Charismatique à Strasbourg, qui regroupera quelques 20 000 participants issus des Églises anglicane, catholique, protestantes et orthodoxe venant de douze pays d'Europe, les artistes “ Clunisiens ” sont chargés de la mise en scène du spectacle final de cette grande manifestation œcuménique. Assisté tout particulièrement de Philippe Rabuteau, photographe, Olivier Fenoy conçoit un diaporama géant, pièce maîtresse d'une sorte d'oratorio pour comédiens, orchestre et chœurs psalmodié en six langues : “ Voici l'Homme ” - diaporama qui sera repris en tournée en France, en Pologne, en Italie, en Hongrie, au Chili et au Canada et qui devait rassembler au final depuis sa création quelques 100 000 spectateurs.

Enfin, pour clore ce bref récapitulatif des premières actions menées par les “ Clunisiens ” jusqu'en 1981, signalons que c'est durant cette période que devaient se nouer les premiers liens de coopération avec l'Afrique Noire au cours de deux échanges : le premier à Nanoro, au Burkina Faso, à l'occasion d'une importante campagne de plantations au Sahel ; le second à N'Guéniène, au Sénégal, via la création et l'irrigation d'une zone de maraîchage communautaire.

XXème Anniversaire de l'O.C.C. en 1984

A l'époque de l'état de guerre en Pologne, - autrement dit en secret sur le territoire polonais - Olivier Fenoy, accompagné d'Ange Guibert, Anne-France Morel-Atuyer, Laure-Marie Laffont, Franck Molle, devaient, en 1983 et 1984, rencontrer Lech Walesa à Gdansk. Le leader de Solidarnösc, Prix Nobel de la Paix, acceptait avec enthousiasme d'assurer la Présidence du Comité de Parrainage du XXème Anniversaire de l'association et de son Festival Artistique et Culturel programmé à Paris. A ses côtés et ayant consenti à être membres de ce Comité de Parrainage qui devait contribuer à donner sa véritable reconnaissance à l'Office Culturel de Cluny, nombre de personnalités et d'amis :

Le Père Pierre Bolet o.p.Aumônier National des Artistes
Christian ChabanisJournaliste et écrivain
Olivier ClémentThéologien
Alain Erlande-BrandebourgConservateur en Chef du Musée de Cluny
Michel EtcheverrySociétaire de la Comédie Française
Dom Helder Camaraqu'on ne présente plus
René Huyguesde l'Académie Française
Marcel LégautPhilosophe
Mado MaurinComédienne
Joseph TischnerPhilosophe, auteur de “ Ethique de Solidarité ” rencontré à Cracovie à l'invitation de Lech Walesa

des proches tels que :

Régine PernoudMédiéviste
Pascal RogéPianiste de renommée internationale ; jeune Premier Prix du Conservatoire National, il a été le tout premier musicien à accepter de faire pour l'association dès 1967, une tournée de récitals à travers la France
Domingo Santa MariaAncien Ambassadeur et Ministre de l'Économie sous la Présidence de Frei (Chili)
Jean VanierFondateur de l'Arche qui sut prendre de son temps pour présider l'un des forums de ce Festival.

et bien évidemment :

Pierre Emmanuelde l'Académie Française

Quant au Festival lui-même, il se déroule principalement en trois lieux au coeur de Paris :

D'abord, l'ouverture, le 17 mai 1984 à La Manufacture où est chanté le “ Te Deum ” de la Messe du Couronnement d'Antonio Salieri, sous la direction de Bernard Lallement.

Puis, du 15 juin à l'automne, principalement à bord de la péniche du T.C.F. amarrée au Pont Alexandre III, c'est l'exposition permanente des vingt ans d'activités, ponctuée de fêtes, de forums, colloques et récitals (Martine Gelliot, harpiste, Marcel Bardon, violoncelliste).

Enfin du 9 novembre au 1er décembre, au Théâtre Tristan Bernard, c'est la création par le Théâtre de l'Arc-en-Ciel de “ Amour et Colère ” de Sophie-Iris Aguettant et Jean-Luc Grasset inspirée par un poème de Karol Wojtyla et un argument dramatique de Calderon.
La “ Première ” est placée sous la Présidence de Monsieur Jacques Chirac, Maire de Paris, représenté officiellement par Monsieur François Lebel, Mairie du VIIIème Arrondissement. (La pièce sera jouée à Lyon au Théâtre du VIIIème, puis en tournée après avoir été reprise à Paris).

A la même époque, soit depuis juillet 1983 et durant toute l'année 1984, le Centre Régional d'Animation Culturelle et Sociale (C.R.A.C.S.), antenne clunisienne en Région P.A.C.A. mène une opération d'animation dans les quartiers populaires de Nice dans le cadre des projets interministériels “ Loisirs-Quotidiens-Jeunes ”. Il s'agit de réaliser un film autour du thème éternel de “ Roméo et Juliette ” et de “ West Side Story ” avec les jeunes qui n'entrent pas dans les structures associatives. L'opération, menée par François Masson, se déroulera tout en même temps en France et en Tunisie et rencontrera un franc succès.

Parallèlement et outre l'activité constante des différents centres étroitement liée à la formation des élèves des deux écoles 8, il est important de retenir deux autres évènements où ces derniers sont impliqués et qui se déroulent au cours de ces mêmes années 1984-1985 :

En Pays de Loire, la réalisation du spectacle “ Un pas vers l'avenir ” mis en œuvre par François Destors et son équipe à la demande des Maisons Familiales Rurales à l'occasion de leur Congrès National qui se tient à Angers - 400 jeunes en scène - 12 000 spectateurs en deux représentations sous un grand chapiteau planté sur les bords de la Maine. Une année de travail artistique et culturel pour permettre à chacun d'exprimer son identité et son appartenance à un milieu et à une communauté.

Au Québec, dans le cadre de “ l'Année Internationale de la Jeunesse ” et alors qu'à Betsiamites, sur la côte nord (réserve indienne) se réalise le film “ L'Avenir de l'Homme dans les yeux d'un enfant ”, au Témiscouata (frontière du Maine), a lieu, sous la responsabilité d'Ange Guibert et de Jean-Noël André, le grand rassemblement “ Témis-Jeunesse-International 85 ” soit, comme à Angers, une centaine de jeunes québécois, amérindiens, américains, français, belges et mexicains participant quinze jours durant à la création d'un grand spectacle d'histoire et d'expression populaire sur le thème de la rencontre et de la réconciliation par la reconnaissance mutuelle de leur culture... “ une personne est achevée par une autre personne... une culture par une autre culture...


LA RÉVÉLATION DE LA BEAUTÉ
INHÉRENTE EN TOUT HOMME
COMME EN TOUTE CHOSE

“ Animateurs socioculturels ” se voulant au service du bien commun, les “ Clunisiens ” au moyen des outils de travail qu'ils suscitent, devaient veiller à demeurer en toutes situations des artistes : comédiens, musiciens, danseurs mais aussi architectes-urbanistes, sociologues, médecins, enseignants, éducateurs... révélateurs de beauté, de cette beauté inhérente en chacun, “ prophétisée ” d'une manière définitive par Dostoïevski : “ ... la Beauté sauvera le monde... ” et développée par Alexandre Soljenitsyne en 1970 dans le discours non prononcé de son Prix Nobel de Littérature :

Ainsi cette ancienne trinité que composent la vérité, la bonté et la beauté n'est peut-être pas simplement une formule vide et flétrie, comme nous le pensions aux jours de notre jeunesse présomptueuse et matérialiste. Si les cimes de ces trois grands arbres convergent, comme le soutiennent les humanistes, mais si deux des troncs trop ostensibles et trop droits que sont la vérité et la bonté sont écrasés, coupés, étouffés, annihilés, alors peut-être surgira le fantastique, l'imprévisible, l'inattendu : les branches de l'arbre de beauté perceront et s'épanouiront exactement au même endroit et rempliront ainsi la mission des trois à la fois ”.