HISTORIQUE

 
 

A LA CONFLUENCE DE DEUX SOURCES, L'UNE ARTISTIQUE, L'AUTRE SPIRITUELLE

Le théâtre de Jacques Copeau

Michel Richard, ancien Comédien Routier, disciple de Jacques Copeau et proche collaborateur de Léon Chancerel vingt ans durant, devient président du Centre Culturel de Cluny à l'automne 1964. Par là s'établit un lien identitaire, une sorte de filiation artistique avec Copeau, Chancerel tout comme son disciple Hubert Gignoux1 ayant profondément marqué et encouragé l'initiative.

De Copeau, outre son enseignement majeur quant au jeu vrai du comédien, l'importance de la lumière, la sobriété de la scénographie et des décors2, les premiers comédiens de l’OCC devaient retenir sa volonté mise en œuvre dès 1913, à savoir : réunir ses compagnons à la campagne, loin des artifices de la ville, afin de constituer une authentique compagnie, un « corps commun », partageant leur vie au quotidien.

La pensée de Léon Chancerel et Hubert Gignoux : unité du couple Création et Animation

De Chancerel et des Comédiens Routiers par ailleurs, ils devaient retenir la complémentarité entre professionnels et amateurs, ce qui les conduisit progressivement à s’investir dans les champs de l'Education Populaire qui leur étaient jusque-là étrangers.

Ayant pris assez rapidement conscience, sur le terrain, des conséquences désastreuses de ce qu' Hubert Gignoux nommait : « Cette unité perdue d'un couple qui ne faisait qu'un et dont les deux moitiés séparées souffrent de ne pouvoir se fondre l'une dans l'autre », ils eurent à cœur de toujours privilégier le lien inné non pas « qu'il pourrait y avoir » mais « qu'il y a » entre Création et Animation.

Sources spirituelles

Cependant c'est chez les Focolari3, mouvement chrétien pour l'Unité, qu’Olivier Fenoy rencontra peu après, qu’il devait trouver ce qui avait manqué à Copeau pour que son initiative perdure.

Dans les mêmes années il s’engagea comme oblat de l’abbaye bénédictine du Bec Hellouin, désireux d’inscrire son premier appel dans la sagesse d'une spiritualité régulière ayant de solides racines.

Ceux qui le rejoignirent par la suite furent marqués eux aussi par ces deux courants spirituels, ainsi que par celui des Foyers de Charité qui vinrent nourrir leur foi de laïcs chrétiens.


PREMIERS PAS
D'UN RAYONNEMENT NATIONAL

Conduits par les tournées de la Troupe de théâtre, puis, successivement, par celles de danse, de musique et enfin de ciné-club ou de conférences-films, à rayonner dans les milieux universitaires à travers toute la France et portés par un véritable élan étudiant de 1965 à 1970, les “ Clunisiens ” font naître, en lien avec ces étudiants et à leur initiative, des associations bouillonnantes d'activités éphémères dans un certain nombre de grandes villes 4.

Suscitées de manière à chaque fois autonome, ces associations s'inscrivent déjà dans une volonté de décentralisation alors que le Centre Culturel de Cluny se mue en Office de création, d'animation, de diffusion et de documentation, esquissant des tentatives de festivals à Entrevaux en 1968 et à Levens en 1969.

En 1969, l’OCC s’installe à la campagne pour suivre l’exemple de Copeau. Deux raisons l’amènent dans l’Aube, à Mesnil-Saint-Loup. Dans ce petit village réside Henri Charlier, sculpteur et essayiste de renom qui a travaillé de nombreuses années à l'atelier d'Auguste Rodin avant la guerre de 14-18. Autour de lui gravite un milieu artistique, de peintres, musiciens, poètes... et il a fait naître dans les années 30 une petite école artistique. D’autre part, par une heureuse coïncidence, Dom Grammont, abbé du Bec Hellouin, peut y mettre à disposition de l’OCC un petit monastère dépendant de l’abbaye qui est désaffecté depuis les années 50. Les conditions étaient réunies pour ouvrir un centre d'initiation aux Beaux Arts et un peu plus tard de formation à l'animation.


L'ANIMATION GLOBALE MÉTHODIQUE : UNE DÉMARCHE EMPIRIQUE

Du souci de la personne
au souci de la cité tout entière

En 1970, première grande mutation vers l'éducation Populaire et l'animation socioculturelle :
Le maire de La Roche-sur-Yon demande à Olivier Fenoy de prendre en charge l'Office Social et Culturel de sa ville. Il s'agit de coordonner la vie associative locale en mettant différents moyens à sa disposition, de participer à un nombre considérable de réunions concernant l'enfance, la délinquance dans les quartiers, le mal-être de familles récemment installées dans une ville qui a vu doubler sa population en une génération ; et bien évidemment de faire une programmation artistique et culturelle au Théâtre Municipal, au demeurant des propositions qui ne concernent que fort peu la population, hormis dans le cas des « Jeunesse Musicale de France » et du ciné-club

À ces données, communes à nombre de villes moyennes dans les années 70, s'ajoute un vrai problème de communication et de relations (même commerciales) entre les quartiers, comme entre ces quartiers et le centre-ville d'une agglomération ayant poussé trop vite et sans âme. Olivier Fenoy et ses collaborateurs ne tarderont pas à affirmer, pour l'avoir remarqué dès le premier coup d'œil avec le regard neuf de l'étranger qui «débarque», que la clef des problèmes de cette ville réside dans son urbanisme et son architecture.


Vision organique de la « ville-corps vivant »

Commence à l'automne 1970 un travail méthodique et d'abord capillaire de relation de personne à personne dans chaque quartier (essentiellement les plus populaires) : coordination de la vie associative, programmation de spectacles, récitals et concerts, participation à la création d’un atelier d’architecture et d’urbanisme, mise sur pied d'un festival dit « de Printemps » qui accueillera 11 500 spectateurs en quinze jours, pour arriver jusqu'à la restructuration du centre-ville.

Au coeur de chaque association, s’appuyant sur leur expérience de la scène qui veut qu'on ne puisse proposer à l'autre de se révéler «sujet» de l'acte qu'il pose qu'autant qu'on en prend le risque soi-même, les animateurs de l'Office social et culturel de la ville en viennent à avancer comme premier postulat d’animation socio-culturelle que si « une personne est achevée par une autre personne5 » il est aisé d'en déduire qu'une culture est achevée par une autre culture... voire... un quartier par un autre quartier et, en fin de compte, que seul le souci de la personne humaine dans le respect de son unicité peut conduire au souci de la cité tout entière6.

Découvrant cela, ils ne savaient pas encore qu'ils rejoignaient la pensée d'Emmanuel Mounier et les tenants du Personnalisme. Pourtant c'est cette pensée quiva bientôt devenir l'une de leurs principales références.

Ils sont alors en charge contractuelle de projets d'animation socioculturelle dans des communes allant de 30 000 à 65 000 habitants, responsables de la programmation des festivités estivales d'une importante station balnéaire sur le littoral atlantique, alors que la troupe de théâtre se prépare à présenter à Paris «Miguel Manara» de Milosz et que l'Office Culturel de Cluny, fort de son rayonnement et de la mise en place de ses premières sessions ou stages, vient d'être agréé à l'échelon national par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs en 1972 et reconnu d'Intérêt Général.


LES PREMIERS CENTRES PERMANENTS

L'équipe d'animation ayant largement contribué via l'Office Social et Culturel Municipal à ce que la ville dont elle avait la charge soit lauréate du concours des Villes Moyennes, Olivier Fenoy est décoré de l'Ordre National du Mérite et appelé à siéger au Haut Comité de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs.

Entre 1974 et 1976 la troupe de théâtre de l’OCC monte « Ce soir on improvise » de Pirandello avec Geneviève Casile, Michel Arnaud et Jacques Destoop, Sociétaires de la Comédie Française (Jacques Destoop assurant la mise en scène), puis «Miguel Manara» de Milosz au Festival d'Avignon et «Le Grand Théâtre du Monde» avec Pierre Clémenti dans une adaptation de Jean-Pierre Nortel.

Charlier disparu en 1975 et les moines du Bec Hellouin réintégrant en 1976 le monastère du Mesnil-Saint-Loup, le projet de centre d'initiation aux Beaux-Arts devait se transporter dans une commune proche, à Pâlis. Le programme initial de formation s’élargit alors dans le but de former des stagiaires à l’animation globale (sciences humaines, histoire de l’art, expression et communication, gestion de projet et économie, urbanisme et cadre de vie). L’OCC présenta ces stages à l’agrément CAPASE7.

Cet ensemble constituera l'essentiel du programme de l'Ecole de Cluny, école de formation au métier d'animateur socioculturel selon les principes de l’Animation globale, ouverte par l’OCC en 1978.

Au cours des années 1976 à 1981, la petite équipe des débuts se voit rejointe par les talents les plus divers, ce qui va la faire quadrupler en cinq ans. Ces nouveaux venus qui ont tous l'âge où l'on engage sa vie étaient artiste, artisan, architecte-urbaniste, ingénieur, enseignant, psychologue, infirmière, étudiant...

L’OCC s’agrandissant peut alors créer deux nouveaux centres d'animation culturelle :
Le Domaine du Claux à Entrevaux, en 1978,
Le Centre Culturel de Machy à Chasselay, en 1980.

Une petite équipe d’artisans et un architecte, confrontés à des jeunes en difficulté scolaire ou sociale, vont fonder l'Ecole du Métier en 1982, école de formation aux métiers du bâtiment qui propose une formation pratique, technique et culturelle et des chantiers en vraie grandeur.


CREATION ET ANIMATION :


En 1979 et 1980, les élèves de l'Ecole de Cluny investissent le château de Chambord pendant trois semaines pour y faire revivre ses habitants, depuis François 1er jusqu’au Comte de Chambord, une journée durant, à l'intention de deux millies scolaires accompagnés de leurs enseignants.

« L'éducateur est un passeur. La rive de l'enfance ne se quitte que si l'autre rive invite à la joie, à l'aventure, à la réalisation de soi par et avec les autres, et que si le passeur tend la main pour que le saut soit possible, non sans difficulté, mais avec confiance parce que, de l'autre côté attend l'espérance. » Marguerite Gentzbittel - Proviseur de lycée - Courrier de Cluny n°64

Dans l’Aube naît le Festival des Jeunes Années qui en dix ans fera monter un millier d’enfants du département sur les planches. Dans ce cadre sera tourné un film avec 450 enfants aubois, amérindiens et québecois « L'avenir de l'homme dans les yeux d'un enfant », co-produit et co-réalisé avec une communauté montagnaise du Québec et diffusé entre autres par CBC/Radio-Canada et France 3 (Parrainage Unesco).

A la demande de la municipalité du Creusot, l’OCC se voit confier la mise en œuvre d'un grand spectacle d'histoire et d'expression populaire : « Le Travail et la Fête ». Il s'agit par un acte de création commune, dans l'esprit de Chancerel, de redonner foi à toute une population par l'évocation de deux siècles d'histoire ouvrière alors que l'entreprise Creusot-Loire ferme ses portes. 250 creusotins y participeront en tant qu'acteurs, musiciens, régisseurs, costumiers, etc... «Le Travail et la Fête » (1980-1982) aura pour suite « Messe des Travailleurs » sur le carreau de mine de Rozelay devant plusieurs milliers de spectateurs de 1986 à 1990.

En 1979, trois animateurs formés à l’Ecole de Cluny prennent le relais d'une petite équipe d'étudiants qui avaient fait naître un café-rencontre à Grenoble. Ils ouvrent un restaurant, lieu de rencontres poétiques et musicales avec une attention particulière à la chanson française.

A l'occasion du rassemblement intitulé «Pentecôte 82», organisé par le Renouveau Charismatique à Strasbourg, qui regroupera quelques 20 000 participants issus des Églises anglicane, catholique, protestantes et orthodoxe venant de douze pays d'Europe, Olivier Fenoy conçoit un diaporama géant, pièce maîtresse d'une sorte d'oratorio pour comédiens, orchestre et chœurs, « Voici l'Homme », qui sera repris en tournée en France, en Pologne, en Italie, en Hongrie, au Chili et au Canada devant plusieurs milliers de spectateurs.

Durant cette période devaient se nouer également les premiers liens de coopération avec l'Afrique noire au cours de deux échanges : le premier à Nanoro, au Burkina Faso, à l'occasion d'une importante campagne de plantations au Sahel ; le second à N'Guéniène, au Sénégal, via la création et l'irrigation d'une zone de maraîchage communautaire.

L’OCC jouera pendant trente ans le rôle d’une prépinière d’entreprises associatives ou professionnelles artistiques, artisanales, culturelles… encourageant et accompagnant leur démarrage au sein de la Fédération Nationale d’Animation Globale créée en 1978. Ces diverses réalités prendront progressivement leur autonomie vis à vis de l’OCC-FNAG à partir des années 80. L'OCC arrêtera toute action fédérative en 1997.