CONTROVERSES

 
 

UNE DIVERGENCE IDEOLOGIQUE
SUR LA VISION
DE L'ANIMATION SOCIO-CULTURELLE


En février 1974, Olivier Fenoy est nommé au Haut Comité de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs auprès du premier ministre. Cette instance para-gouvernementale est amenée à analyser « pour avis » à l'intention du premier ministre un document émanant des services et inspiré par le CNAJEP 1 visant à définir la profession d'animateur, sa fonction et celle plus générale de l'animation socioculturelle. Avec Marcel Corneloup 2 Olivier Fenoy achoppe immédiatement sur la définition de l’animation socio-culturelle mise en exergue du document de travail proposé :

« L'animation socioculturelle est une mise en mouvement consciente des masses et des individus en vue de les adapter au changement qui est une des lois fondamentales de la vie moderne ».

et sur les affirmations suivantes :

  • « La prévalence du groupe sur la personne » (titre du chapitre II du document)
  • La nécessité pour l'animateur de savoir créer « la situation conflictuelle » dans le cadre d'une « dynamique de groupe » reposant sur la « thèse-antithèse-synthèse » de Hegel.
  • L'obligation faite à l'animateur de « ne pas s'impliquer dans la relation ».

Ces affirmations sont en contradiction avec les fondements personnalistes de l'Office Culturel de Cluny. Cependant plus des deux tiers des membres de l’assemblée sont acquis au principe selon lequel « le groupe prévaut sur la personne ». Aussi lorsqu’Olivier Fenoy est appelé à s'exprimer en assemblée plénière, il se heurte à une hostilité de fond et même à un glissement du débat vers une mise en cause, non prévue à l’ordre du jour, du caractère laïc de l’OCC .

Après cette diversion, malgré un vain rappel du directeur de la Jeunesse, l’assemblée en revient à la lecture sans commentaire du texte intitulé «Prévalence du groupe sur la personne» avant de l'adopter par un vote à mains levées. L’hostilité du CNAJEP et du Haut Comité persistera à l’encontre de l’OCC.


PREMIER RETRAIT DE
L'AGREMENT « JEUNESSE ET SPORTS »

En 1981 André Henry, jusque-là à la tête de la Fédération de l'Education Nationale, ayant été nommé ministre du Temps Libre en charge de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement de Pierre Mauroy, convoque le président de l'Office Culturel de Cluny. Après lui avoir déclaré «attendre ce moment depuis plus de dix ans» le ministre lui signifie qu'il est décidé à retirer son agrément national à l' OCC sous prétexte selon ses propres mots que :
« Vous ne pouvez pas faire de l'animation socioculturelle objective à partir du moment où vous avez pris par ailleurs des engagements spirituels. »

Ce retrait d'agrément arbitraire ayant été effectif en 1982, l' OCC porte l'affaire devant le Tribunal administratif de Paris puis devant le Conseil d'État qui le rétablit dans ses droits par un arrêt de mars 1990.


L'ACCUSATION DE SECTE

La première salve d'accusation de «secte» à l'encontre de l' OCC remonte au printemps de 1981. Elle semble n'avoir eu qu'un caractère strictement politique dans le cadre de la campagne présidentielle alors en cours. L’annonce parue à la Une de l'hebdomadaire Minute : « Sale histoire de secte pour Soisson », laisse croire que c'est le pouvoir en place qu'il s'agissait de déstabiliser, Jean-Pierre Soisson étant alors ministre en charge de la Jeunesse et des Sports.

Cette accusation de secte s’amplifia jusqu'à son paroxysme en 1996 pour ne jamais s'éteindre complètement. Répandue d’abord dans les services du ministère de la Jeunesse et des Sports, elle fut relayée par telle ou telle association anti-secte sans qu’aucune n’ait pris le soin de rencontrer qui que ce soit de l'association.

Suite à ces accusations, une enquête ecclésiastique est menée en 1981 à Lyon et à Paris. Cette enquête conclut qu' « on ne pouvait assimiler l'Office Culturel de Cluny à une secte » mais les médias comme les associations partisanes n'entendirent que ce qu'ils voulaient bien entendre.

L'UNADFI 3 répandit un peu partout ces accusations. Rien de surprenant dans ces conditions de voir figurer l' OCC dans la liste des organismes cités par le Rapport parlementaire sur les déviances sectaires de décembre 1995.

Le rapport parlementaire sur les sectes de 1996

Dans sa réponse aux évêques, élus, parents, stagiaires et partenaires professionnels de l' OCC, qui avaient protesté contre cette qualification, Philippe Seguin, alors président de l’Assemblée nationale, déclare « être désolé, prendre acte du soutien apporté à l' OCC. mais ne pouvoir rien à la situation. »

1- Il explique que « selon la phraséologie du rapport parlementaire, il n'a jamais été dit que tel ou tel des cent soixante douze organismes cités était une secte mais que, par contre, chacune de ces réalités pouvait correspondre à un ou plusieurs des dix critères établis par la commission permettant de repérer une secte. »

2- Il demande avec grande courtoisie à ses interlocuteurs de « bien vouloir considérer que le rapport étant remis, la commission est du même coup dissoute et qu'on ne saurait demander un rectificatif à une entité qui n'existe plus. »

Autrement dit, d'une pareille accusation, personne ne porte la responsabilité.

Un rapport parlementaire de 1999 intitulé Les sectes et l'argent délaye à son tour une suite d'informations fausses sur l' OCC et de reproches gratuits et sans preuve aucune comme celui « d'infiltrer le monde de l'enfance par la formule des stages et des séminaires dans le domaine des loisirs mais aussi du soutien scolaire et du développement culturel ».

En conclusion, il est utile de préciser que le rapport parlementaire sur les sectes a été adopté certes « à l’unanimité » par les sept députés présents sur les vingt et un qui composaient la commission et qu’il a été abondamment décrié dans la mesure où il reposait sur des enquêtes des renseignements généraux menées de façon sommaire, non contradictoire et pour finir totalement opaque5.

Pour ces raisons et dans un souci de sécurité juridique, le rapport a été déclaré obsolète par une circulaire du premier ministre, le 27 mai 2005 et, par ailleurs, ses conclusions « caduques » par le président de la MIVILUDES, la mission interministérielle chargée de la vigilance sur les dérives sectaires.


NOUVEAU RETRAIT D’AGREMENT,
NOUVELLE ANNULATION DU DECRET

Sans faire l'objet d'aucune audition ni enquête de la part de son ministère de tutelle, l’association se voit retirer de nouveau son agrément d'organisme de Jeunesse et d'Education Populaire dès la publication du rapport parlementaire de 1995 la mentionnant.

Ce second retrait d'agrément à l'initiative de Guy Drut, ministre en charge de la Jeunesse et des Sports, sera annulé en première instance par le Tribunal administratif de Paris. Ce jugement sera confirmé en appel en 2002 6.