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Compte-rendu de l’interview effectué
par Cécile de Kersvadoué de Radio France
le 19 septembre 2018 à Paris

Le 19 septembre dernier, en qualité de responsables de deux associations issues de l’Office Culturel de Cluny, nous avons rencontré Cécile de KERSVADOUE, journaliste d’investigation à Radio France, qui prépare pour l’émission « secret d’info» un reportage sur les dérives sectaires dans la culture qui sera diffusée les 28 et 29 septembre sur France Inter et déclinée sur France Culture et France Info. Pour ce reportage, elle nous a dit avoir enquêté sur l’Office Culturel de Cluny depuis le mois de mars. Elle n’a pourtant contacté l’OCC, par le biais de ses avocats que le 6 septembre … afin « d’équilibrer son enquête réalisée jusqu’alors uniquement à charge ». Elle désirait pour cela rencontrer Olivier FENOY ou des responsables de l’association. Après quelques entretiens téléphoniques avec les avocats, une interview de plus quatre heures eut donc lieu à Paris dans les bureaux de l’avocat de l’OCC.

La semaine précédant l’interview, nous apprenions l’annulation par le théâtre de l’Épée de Bois à Paris d’une série de 20 représentations d’un spectacle du théâtre de l’Arc en Ciel à 14 jours de la première représentation. De même, l’association du Tournefou dans l’Aube voit ses partenaires institutionnels suspendre leurs relations. Ces actions font suite à l’enquête de la journaliste et à ses rencontres avec différents interlocuteurs.

Lorsqu’elle nous rencontre, son reportage est, nous dit-elle, « presque terminé ». Elle doit « boucler le montage le surlendemain ». Son travail est donc quasiment terminé alors qu’elle n’a encore entendu personne de l’Office Culturel de Cluny. La journaliste nous semble ennuyée devant l’abondante matière que nous lui apportons, très différente de ce qu’elle avait entendu jusqu’alors. Son enquête est pourtant déjà lourde de conséquences.

Liens avec l’Église

Lors de nos échanges, il fut beaucoup question de communauté, de pratiques religieuses et de liens avec l’Église. L’objet des questions est de mettre à jour une communauté se cachant derrière le paravent d’activités culturelles. Nous lui répondons que les principaux animateurs des différentes entités et associations ont choisi de s’engager dans leurs arts et leurs métiers, et pour cela de vivre et travailler ensemble, portés par des convictions intimes et spirituelles qu’ils partagent. Ils sont des laïcs exerçant des activités culturelles et non à caractère religieux. Aucun prosélytisme n’est exercé dans ses activités. Le public et la plupart des usagers ne savent d’ailleurs rien des choix de vie personnels des animateurs.

A la question de la journaliste sur notre refus de tout lien ecclésial, nous avons répondu que nous ne refusons rien du tout et avons des liens avec nombre de prêtres, diocèses et autres religieux. Nous ne sommes pas entrés dans des « institutions religieuses normales » parce que nous avons fait le choix de rester laïcs et de travailler comme artistes. S’en suivent de nombreuses questions d’ordre privé et pour la plupart basées sur des affirmations : « Pourquoi n’allez-vous pas à la messe en paroisse ? », « Des prêtres viennent célébrer la messe chez vous, dans des chapelles ? Pourquoi ? », « Avez-vous fait des voeux ? » Devant nos réponses qui ébranlent sa thèse d’assimilation de l’Office de Cluny à une communauté religieuse ou pseudo-religieuse, elle insiste pourtant « Vous avez fait des voeux de pauvreté, chasteté, obéissance ? » « Non », et nous lui avons expliqué que des voeux relèvent d’une institution d’Église, ce qui n’est pas notre cas.

Travail non déclaré

Pour étayer son propos à charge, Cécile de KERVASDOUE s’est appuyée entre autres sur les témoignages d’anciens membres bénévoles qui, 20 ans après leur départ, ont assigné l’Office Culturel de Cluny devant le Conseil des Prud’hommes pour demander le versement de sommes en compensation de retraites non perçues, considérant qu’ils avaient été dans une relation de subordination vis-à-vis du directeur général de l’association Olivier Fenoy. Or c'est en conscience et librement que ces personnes s'étaient engagées à donner corps à cette jeune fondation.

Cependant, ils ont obtenu gain de cause quant à la reconnaissance d’un lien de subordination, en utilisant l’argument que l’OCC serait un groupe sectaire sous la coupe de son directeur général omnipotent. A son interrogation « Pourquoi n’êtes-vous pas allés en cassation ? », nous lui avons répondu que, contrairement à l’avis de nos avocats, c’était dans un souci d’apaisement vis-à-vis de proches devenus des adversaires. Nous étions également fatigués d’être remis en permanence dans un passé de 20 à 30 ans. En effet, l’OCC qui était en cause, n’a plus aucun rôle fédérateur ni d’activité depuis 20 ans. Si des erreurs ont pu être faites à l’époque, le mode de fonctionnement incriminé et présenté lors du procès ne correspond plus à celui d’aujourd’hui. Nous lui précisons en outre que, suite à ce jugement, l’Office Culturel de Cluny a été mis en liquidation judiciaire par jugement du 29 mars 2018. Nous souhaitons passer à autre chose et continuer notre travail d’artistes, que personne ne remet en cause. Sur ce point d’ailleurs, la journaliste concède qu’elle n’a rien à reprocher à ce travail.

Spoliation des biens

Après une nouvelle série de questions personnelles et intrusives qui ressemblent plus à celles des enquêtes policières ou judiciaires, « Avez-vous un compte bancaire personnel ? », « Êtes-vous inscrites à la sécurité sociale ? », « Êtes-vous obligés de donner tous vos biens ? », nous expliquons à notre interrogatrice que nous étions libres, que nous restons propriétaires de nos biens personnels et que nous choisissons de notre pleine autorité d’en mettre quelques-uns à disposition du bien commun, librement et temporairement.

Questions de moeurs.

Dans le cadre du procès mentionné précédemment, des témoignages ont été fournis par plusieurs hommes attestant de relations non consenties de la part d’Olivier FENOY datant de plus de 18 ans. Cécile de KERSVADOUE nous interroge sur le sujet. Nous lui expliquons que ces témoignages ont eu comme conséquence la démission immédiate d’Olivier FENOY de toute responsabilité qu’il exerçait encore au sein de deux associations, et son départ en janvier 2018. Ces pratiques sont regrettables, nous lui avons bien précisé que nous les condamnions.

Une riche et opaque multinationale

Cécile de KERVASDOUE nous a ensuite présenté les différentes associations et structures issues de l’Office Culturel de Cluny comme des filiales d’une multinationale. Rappelons que c’est le ministère de tutelle de l’OCC qui avait suggéré en 1981 de décentraliser les structures et de créer des entités distinctes, facilement identifiables, avec leurs propres adhérents et usagers, aisément contrôlables, pour éviter d’avoir un organisme aux activités trop larges. C’est ce qui fut fait dès les années suivantes. Près de 40 ans plus tard, cette décentralisation devient un sujet d’accusations : un habile montage juridique permettrait d’échapper aux contrôles et l’argent public servirait à enrichir une communauté ! La réalité que nous lui expliquons est toute autre : Les associations ont chacune leur propre fonctionnement et activités de caractère non lucratif, leurs animateurs sont très peu rémunérés, voire bénévoles. Les activités ne sont en effet pas très lucratives et le fonctionnement est associatif. Il n’y a aucune remontée d’argent vers une quelconque structure holding, pas plus d’enrichissement personnel que de multinationale. Quant aux SCI qui détiennent les lieux culturels, elles sont détenues par des personnes physiques qui ont acheté leurs parts au prix du marché, et ne reçoivent aucun dividende.

L’histoire revisitée

Il manquait un peu de politique pour terminer le tableau noir présenté par Cécile de KERSVADOUE. Elle nous raconte une fable sur l’origine de l’OCC, où Olivier FENOY aurait « cherché à restaurer la chrétienté » et aurait été mû par un esprit catholique traditionaliste et très « à droite ». L’histoire est tellement éloignée de la vérité que nous renonçons à nommer ici les personnes extérieures à l’association qu’elle nous cite, pour savoir si nous les connaissons et quels liens nous entretenons avec elles.

Claire FABRE et Véronique FEUGERE